
Il y a longtemps que nous avons
quitté cette maison et nous n’y sommes pas restés longtemps,
mais je l’appelle encore « chez moi ». Plus personne
n’y a vécu après nous. Toute cette histoire a dû effrayer les
gens ; les rumeurs se répandent si vite. Surtout lorsqu’elles
sont fondées.
Je n’ai jamais dit à Guillaume ou à Maman pourquoi
j’avais appelé la police. Ils ignorent même que je
c’est moi qui l’ai fait. Je n’ai jamais osé
parler du fantôme.
Je ne sais pas encore « qui » elle est ni pourquoi elle nous a
aidé. Je ne veux pas le savoir. En fait, je veux le savoir.
C’est le courage de faire face à mon passé, à ces jours
horribles qui m’ont traumatisés qui me répugne. Quand je
pense que ce criminel, ce tueur, Charles Darveau, se trouvait tout
ce temps dans le grenier. Qu’il espérait s’y cacher
jusqu’à ce que tous l’oublie. Qu’il comptait nous
tuer le plus tôt possible pour préserver son secret.

Elle nous a sauvés, j’ai sauvé ma famille.
Étrangement, je n’ai aucun sentiment d’avoir agi
héroïquement. Tout le contraire, plutôt. Je n’étais
qu’une petite fille effrayée.
J’ai entendu dire qu’ils vont démolir cette maison
bientôt. J’en suis heureuse et triste à la fois.
Qu’adviendra-t-il d’elle ? Cela m’inquiète.
Devrais-je entrer ? Tenter un dernier contact ? Boucler la boucle ?
Ou rester là à contempler mes souvenirs avant de me rendre au labo
?
On a souvent ri de moi là-bas. « Une scientifique qui croit au
mythique, on aura tout vu ! » Ils s’amusent bien, ils
rigolent de mes « folles idées ». Peu m’importe. Je sais
qu’il y a un être ici.

J’hésite encore. Je vais travailler tout de suite ou
j’essaie de la trouver ?
Je ferme les yeux, attendant une sorte d’illumination.
Je ferme les yeux et j’attends.
J’attends, mais quoi ?
Rien, peut-être.
Probablement.
J’entre ?
Ou pas ?
J’entre.
***

Sur le trottoir, en route vers le laboratoire, Stella essuie une
larme discrète. Elle s’est juré de garder le secret.
C’est le sien, personne ne le saura jamais.
Elle se retourne une dernière fois et souffle un baiser vers la
vieille demeure qu’elle aura visitée une ultime fois.
Prisonnier du vent, un mot s’envole avec le baiser.
« Merci. »



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