« Qu’est-ce que tu as, maman ? »
Cette question la fit enfin sortir de son état de statue.
« Rien, rien, tout va bien.
- Qu’est-ce qu’ils ont les chevaux ?
- Ils… Stella, ma puce, je les ai vendus, se résigna-t-elle finalement en lui
disant la vérité.
- Tu, tu, tu as vendu mes chevaux…
- Stella, chérie, la supplia-t-elle. Tu sais, on ne pouvait pas les garder. Il leur
fallait des soins, un abri, de la nourriture, de l’espace. Nous n’avions rien de
tout ça, ma chérie.
- Quand ? Quand les as-tu… vendu ? pleurnichait Stella.
- Hier soir. Pendant que tu étais dehors. Ils sont venus les chercher ce matin.
Je suis désolée, mais, parfois, il faut faire des choix qui ne nous plaisent pas.
Avec mon travail de serveuse, l’argent nous aurait manqué. Là, au moins, nous
avons de quoi faire des économies. Et tu pourras aller visiter Nétoile les fins de
semaine, c’est bien, non ? s’exclama-t-elle d’un air faussement enjoué.
- Non.
- Stella… Je t’en prie ! Écoute-moi ! supplia-t-elle de nouveau. Tu pourras
aller voir Nétoile quand tu veux, mon trésor. Et puis, avec les économies,
nous pourrons peut-être améliorer la maison ! Allons, souris un peu et essaie
de comprendre, s’il te plaît, Stella… Ne me fais pas la tête !
- Je pourrai aller voir Nétoile n’importe quand et avoir des rideaux à mes
fenêtres et une lampe à côté de mon lit ? questionna Stella, méfiante.
- Bien sûr ! C’est promis !
- D’accord. Tu es presque pardonnée » lui dit-elle avec tout son sérieux.
Soulagée, Édith se pencha vers la petite tête blonde et y déposa sa joue.
Dans sa chambre, Guillaume s’était assoupi. Son visage, qui aurait dû être
lisse, se tordait en tout sens, tout comme son corps. Loin d’être paisible,
son sommeil semblait être une lutte contre le lit sur lequel il était.
Un bruit mat et répétitif, venant d’en haut, lui fit ouvrir les yeux.
Sa mère et sa sœur ne faisaient jamais autant de bruits dans les escaliers.
Il les entendait à peine marcher, seul les craquements sinistres du plancher
l’avertissaient qu’elles se déplaçaient, d’habitude.
Il se redressa un peu, s’asseyant sur son lit.
« …je les ai vendus.
- Tu, tu, tu as vendu mes chevaux… »
Les filles parlaient. En bas.
Qui marchait en haut, alors ? Intrigué et incapable de se coucher à nouveau,
il posa ses pieds par terre. Ses paupières lui pesaient autant que toutes les
années de souffrance qu’il avait enduré, mais il se leva tout de même.
Réalisant soudain la discussion qui avait lieu, il se rassit, oubliant les pas.
« Je pourrais sortir avec Stella. Visiter la ville lui fera du bien, elle oubliera
Nétoile pour quelques instants. Et, surtout, maman pourra pleurer librement,
sans avoir peur que nous la voyions. »
Il enfila ses chaussures et jeta un coup d’œil à la toile qu’il avait tenté de
commencer la veille.
« Un vrai gâchis ! Tu n’es bon à rien ! »
La source des bruits qui avaient réveillé Guillaume se pencha, regardant
Édith qui tentait de convaincre sa fille qu’elle avait fait ce qui était le mieux
pour eux. La respiration rauque de ce qui les observait était rapide et aurait
sûrement attiré leur attention s’il n’y avait eu aucun autre bruit. Lorsque le jeune
homme sortit de sa chambre pour rejoindre sa famille, le bruit mat repris et ce
qui les épiait ne le faisait plus.
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