« Maman ? Stella et moi, nous pourrions aller visiter la ville, qu’est-ce que tu en
dis ?
- Oh, maman, s’il te plaît ! disait la petite en se trémoussant et en lançant des
regards envieux vers l’extérieur.
- Allez-y, mais revenez pour manger ce midi !
- J’aurais aimé inviter Stella à manger, ça te dérange ?
- S’il te plaît, s’il te plaît, laisse-nous manger là-bas ! Dis oui, dis oui, s’il te
plaît ! pépiait Stella.
- D’accord, d’accord, sourit-elle. Bonne journée, alors ! »
Un air tendre aux lèvres, Édith regarda ses enfants s’en aller. Stella sautillait
et Guillaume, malgré les cernes mauves qui auréolaient ses yeux, semblait
heureux et léger.
Soupirant d’aise, elle fit une liste des choses à faire, les yeux toujours
accrochés comme à une bouée sur les dos de sa progéniture.
« Me laver, m’habiller, laver les fenêtres, passer le balai, manger, préparer le
souper, défaire les dernières boîtes, ranger ce qui est inutile, faire le ménage du
grenier… »
Tout en rayant et en ajoutant des tâches à sa liste, la jeune mère se dirigeait vers
la salle de bain.
Elle laissa la porte entrebâillée afin d’éviter que l’humidité n’augmente la
population de moisissure et elle se dévêtit rapidement, surprise par le froid soudain.
Grelottant, elle fit couler l’eau chaude quelques minutes, espérant se réchauffer.
Pourtant, malgré la température de sa douche, des frissons l’envahissaient
encore et son souffle se condensait.
Elle entendit la porte grincer, le plancher gémir. Ses dents s’entrechoquaient.
Alors qu’elle allait saisir son savon, celui-ci « s’envola » et frappa la paroi de
verre derrière elle. Étonnée, elle le saisit et se dépêcha de se laver afin de sortir
de là au plus vite.
Des pas à l’étage firent monter à sa gorge les sanglots qui lui opprimaient la
poitrine et les larmes se mêlèrent à l’eau bouillante qui ne la réchauffait
étrangement pas.
Éteignant tout, immobile, elle écouta. Une pression réconfortante sur son épaule
la figea. Le froid était pénétrant, il émanait de… son épaule.
« Ne monte pas là-haut ! Ne vas pas au grenier ! »
Ses yeux roulaient, cherchant sans trouver, la provenance de la voix qu’elle avait
entendu plutôt. D’ailleurs, elle n’était pas certaine de vouloir savoir. Son cœur
battait à lui rompre la poitrine, sa respiration était haletante, sa tête bourdonnait.
« Fais-moi confiance et ne monte surtout pas là-haut ! Ne me cherche pas non
plus, tu ne veux pas me voir », disait la voix.
Poussant un cri de frayeur, Édith s’habilla en vitesse, monta les escaliers sans
jeter un seul regard vers le grenier et s’enferma dans sa chambre. La porte fermée,
barrée, bloquée grâce à sa commode.
Au diable les corvées, elles allaient attendre que sa santé mentale lui revienne.
Car oui, elle ne pouvait qu’être folle pour qu’une voix lui parlât ! Gémissant, elle
regardait dehors par la fenêtre, regrettant de ne pas être partie avec les enfants.
« Bénéfique, hein, l’air campagnard ? » railla cette petite voix intérieure qu’on a
tous en de pareils moments.
En position fœtale, Édith ferma ses yeux, attendant que la terreur passe, que
Guillaume et Stella arrivent et que les bruits cessent enfin.
Commentaires