« Stella, tu n’es pas habillée ? s’étonna Guillaume en voyant sa petite sœur
s’apprêter à descendre.
- Ben j’y allais, mais j’ai entendu des bruits étranges en haut, pleurnicha-t-elle.
- Arrête de faire ton bébé, c’est sûrement ton imagination, comme hier !
- Mais j’te jure que c’est pas mon imagination ! J’entends vraiment des bruits !
- Écoute, Stella… Si t’entends encore des bruits, si tu te sens encore observée,
j’irai dormir dans ta chambre et tu dormiras dans la mienne, ok ?
- Tu vas me croire après, tu vas voir ! »
Guillaume soupira. Comment faire comprendre à sa sœur qu’une vieille maison
grince et que c’est normal ! Surtout qu’il avait plus important à penser qu’aux
ridicules supposés bruits d’une vieille baraque !
Il eut soudainement honte de penser que sa douleur était plus importante que
les peurs de sa petite sœur. C’était égoïste de sa part. Tellement égoïste qu’il
fallait qu’il trouve un moyen de se faire pardonner rapidement.
« Stella ? T’en dis quoi si on s’occupe des chevaux ensemble, cet après-midi ?
- Mais tu veux jamais t’en occuper !
- Et là je veux. Alors ? »
La jeune fille se mit à sauter sur place jusqu’à ce que Édith les appelle de nouveau.
La dernière marche menant au grenier ploya et, si Stella ou Guillaume avaient
levé les yeux à cet instant, ils auraient probablement hurlé.
« Maman ? Avec Gui, on va aller s’occuper des chevaux tantôt !
- Ah oui ? répliqua-t-elle prudemment.
- Oui ! Je vais pouvoir monter sur Nétoile ?
- Euh, on verra, ma chérie, d’accord ?
- Quand c’est pas un non, c’est presque déjà un oui ! s’exclama la petite, toute
heureuse.
- Oui… », murmura Édith, faiblement en s’agripant au comptoir.
Guillaume et Stella pépiait dans son dos, mais elle était incapable de se
concentrer sur leurs paroles. Aurait-elle dû dire à sa fille qu’ils ne possédaient
plus de chevaux ? Dès la tombée du jour, elle s’était assurée de les faire
disparaître. À quoi bon s’encombrer de choses qui coûtent chères, ne rapportent
rien et prennent de l’espace. Elle pourrait toujours lui faire croire que les chevaux
s’étaient enfuis. Ou elle pourrait lui dire la vérité. Et se mettre ainsi sa fillette à
dos. Non. Elle allait prôner l’innocence. C’était pour le bien de tous.
Le repas se déroula dans un silence complet. Les seuls bruits perceptibles
étant ceux de la mastication et ceux, bien plus inquiétants, de la maison,
l’ambiance n’était pas très gaie. Les yeux rivés sur leurs assiettes, ils
s’efforçaient de trouver un sujet de conversation, mais qu’avaient-ils à se dire ?
Parler de Mathieu ne les avanceraient à rien. Parler des chevaux créerait de
nouveau ce froid étrange. Discuter de leur nouvelle demeure provoquerait des
tensions.
Non, le mieux était de ne rien dire et de faire comme si. Comme si tout allait
bien, comme si la maison leur plaisait, comme si personne ne souffrait. De
faire comme d’habitude, au fond.
Stella se proposa pour nettoyer les assiettes et Guillaume se retira dans sa
chambre. Indécise, Édith décida de suivre son fils. Elle devait savoir comment
il allait depuis qu’il avait arrêté son traitement. Et elle allait essayé d’obtenir son
aide pour parler des chevaux à la petite.
« Frotte, frotte, frotte les assiettes. Lave, lave, lave la vaisselle. Fais attention à
l’eauuuu chaudeeee ! Ne te brûle pas avec-ec ! Enlève les taaaches, les
taaaches, les taaaches ! Frotte, frotte, frotte les assiettes… »
Stella chantait doucement des paroles qu’elle inventait au fur et à mesure tout en éclaboussant abondamment les lattes du plancher, le comptoir et son pyjama. Elle avait presque oublié la nuit horrible qu’elle avait vécu et un sourire d’enfant ravi illuminait ses traits.
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