
Le soir vint enfin et Édith entra dans la chambre de sa fille
afin de lui souhaiter bonne nuit. Elle ne fut nullement surprise de
la trouver en train de lire.
«Ce n'est pas pareil quand je lis les histoires moi-même. Il ne va
pas revenir, hein ?
- Non, il ne reviendra pas.»
Stella poussa un soupir sans lever les yeux de son livre.

«Tu veux que je te lise une histoire ? demanda-t-elle, certaine
de se faire rembarrer.
- ...»
Elles se regardèrent dans les yeux plusieurs secondes.
«D'accord, finit par acquiescer la petite. Lis.»
Elle se cala alors confortablement dans son lit, prête à
écouter.

La petite avait les yeux déjà lourds lorsque Édith ouvrit la
bouche.
«Tu es certaine de vouloir que je te lise une histoire ? Tu sais,
chérie, je comprendrais que tu préfères que je ne le fasse pas. Je
comprendrais.
- Non, j'ai besoin d'une histoire pour m'endormir. Et tu as une
plus belle voix que papa ! ajouta-t-elle en riant. Allez,
vas-y !»

Édith s'installa sur le parquet froid et grinçant. Les lattes
n'étaient pas toutes à la même hauteur et la position était on ne
peut plus inconfortable.
Le vent d'automne semblait faire tanguer la maison toute entière et
les bruits de la forêt qui les entourait traversaient les
murs.
Peut-être auraient-ils été mieux dans un minuscule appartement en
ville plutôt que dans cette maison perdue au milieu de nulle part ?
Elle avait toutefois jugé que l'air de la campagne serait bénéfique
pour ses enfants. Elle n'avait plus qu'à s'y faire. Ils n'avaient
plus le choix.

Ouvrant finalement le livre de contes et d'histoires à la page
désirée, elle regarda sa fille et lui lança :
«Bon, on y va !
Il était une fois, ... »

Édith, après avoir quitté sa fille, n'avait pu se résoudre à
éteindre toutes les lumières de cette maison qui lui donnait
immanquablement des frissons.
Le vent, toujours aussi déchaîné, fouettait la maison sans
scrupules et la faisait grincer.
Quelques corneilles piaffaient au loin, on pouvait même entendre
quelques animaux se bagarrer dans les bois environnants. Les
voisins les plus près se situaient à quinze minutes de marche et le
téléphonne n'était toujours pas branché.
Réprimant un sanglot, Édith se cala à son tour sous les couvertures
frisquettes de son grand lit vide.
Elle aurait dû raconter une histoire plus gaie. Ou alors, changer
la fin. Elle aurait dû raconter une histoire de prince et de
princesse. Ou alors, une qui finit bien.
Se tournant et se retournant sans cesse, elle finit par
s'endormir.
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